De son sac Gucci elle sortit sa pochette Vuitton d'où elle tira, après avoir farfouillé quelques secondes au fond de cette dernière, les clés de chez elle. Doucement elle ouvrit sa porte et balança ses affaires sur la chaise de son entrée. Elle marcha tranquillement jusqu'à sa chambre où elle s'étendit sur son lit à baldaquin. Sa longue robe blanche s'enroula autour de ses jambes fuselées, et c'est comme si elle était prisonnière de ce vêtement haute couture. Ses bras trop fins à la perpendiculaire de son corps et ses longs cheveux blonds étalés avec grâce autour de son doux visage aux yeux clos.
C'était comme si un ange venait de s'allonger sur son lit de mort. Sa peau était d'une pâleur morbide et sa minceur en devenait presque inquiétante. L'ange déchue attendant sa sentence. Elle gît un instant dans cette position en se remémorant ses dernières actions et envisageant une hypothétique suite aux cours des événements passés...
Mais n'en trouva aucune. Il n'était pas venue et c'est comme si le monde s'était écroulé autour d'elle. Le ciel qui lui tombait sur la tête, sa dignité piétinée et ses derniers espoirs réduit en poussière. Il suffit parfois de peu pour rendre le goût de la vie à une princesse endormie. Mais il suffit aussi de pas grand chose pour briser la vie d'une personne que l'on aimait jadis...
Ou dont on a cru être aimé. Réalité effrayante d'un échec prémédité. La ruine fait peur, elle terrorise la race humaine emprisonnée dans des illusions de pseudo supériorité. Et quand la vie nous gifle en plein c½ur on est déchiré de l'intérieur. Mais l'écorce apparente qui nous permet d'avancer reste entière et l'on doit survivre avec la conscience de n'être qu'une rature humaine.
Et le dégoût de la vie, ce sentiment de vide intérieur mêlé à une souffrance puissante qui pourrit notre être à sa racine. Cette impression sadique de n'être plus rien d'autre qu'un corps martyr coupé de son âme. Vivre parce qu'il faut bien continuer de vivre mais prier pour que quelqu'un ait l'idée grandiose de mettre un terme à cette existence merdique. Parce que l'on est trop lâche pour en finir avec nous même et qu'en dépit de l'apprêté de sa prétendue vie on arrive pas à dire « ça suffit ». Et chercher dans sa tête la liste des personnes qui nous haïrait au point de nous tuer, mais ne trouvait personne. Parce qu'il n'y a personne qui serait assez fou pour foutre sa vie en l'air pour avoir mis fin à la votre. Songer à pousser quelqu'un à commettre l'irréparable mais renoncer en se rappelant que l'on a pas de temps à perdre à détruire un autre que soi. On passe déjà suffisamment de temps à se bousiller qu'on a plus de place à accorder aux autres. L'égoïsme humain dans toute sa splendeur.
Une sonnerie de téléphone rompit le silence éclatant qui régnait jusqu'à présent. Elle n'eut pas la force, ou le courage, de répondre à cet appel. Elle entendait au loin le cri perçant de son portable dernier cri mais ne daigna pas bouger un orteil manucuré pour le faire taire. De toute façon, il s'éteint de lui-même. Le répondeur qui s'enclenche. Un message d'amour laissé sur une messagerie impuissante et jamais écoutée. Les mots qu'elle aurait aimé entendre il y a de cela moins d'une heure en train de s'enregistrer sur une boite vocale qu'elle n'aura peut être plus l'occasion d'écouter.
Une voix masculine implore un rappel immédiat sous peine de débouler chez elle et venir la chercher et l'emmener. L'emmener loin. La voix se maudit de son retard et demande pardon de n'être arrivé qu'au moment où elle pénétrait dans son taxi les larmes aux yeux. Puis la voix se brise. Et le message s'achève...
Finalement l'ange blond finit par se lever. Lançant un regard de mépris à son sac contenant l'objet du délit qui venait de mettre fin à ses pensées funèbres. Elle se dirige vers la salle de bains, sa robe traînant à terre comme une plume qui glisserait sur le sol. Allumant la lumière elle affronte douloureusement son reflet dans le miroir. Ses yeux sont tristes et trop maquillés, une trace noire reste au dessous de ses longs cils charbonneux. Ou le résultat d'une larme trop vite essuyée. Son visage pâle et ses joues creusées; on l'avait pourtant prévenu que la coke ça faisait maigrir mais elle ne pensait pas que ça serait si inquiétant. Pour lui elle avait tout arrêté. Elle avait arrêté de coucher a droite et à gauche et arrêté de boire jusqu'à frôler le coma éthylique. Mais à cause de lui elle avait rechuté, et était tombé beaucoup plus bas. Elle avait connu les lendemain impossibles, les soirées où l'on frôlent l'overdose, la coke et l'héro mélangées à la vodka pure et le sentiment de honte qu'on tente de s'occulter en se goinfrant de Stilnox.
Elle admira un instant la déchéance qu'elle trouva face à elle et contempla avec dédain cette image que lui renvoya ce morceau de verre. Il était temps que tout s'arrête. Vraiment temps de faire preuve de courage et ne plus jamais avoir à souffrir autant. Elle ouvrit mécaniquement le dernier tiroir de sa commode sans lâcher des yeux son regard souffrant.
Elle respira profondément avant de saisir sa boite d'anxiolytiques dont elle étala le contenu sur le rebord du lavabo. Elle vida d'un coup sec son verre à brosse à dents et le remplit d'eau du robinet. Elle saisit un premier cachet qu'elle avala avec une gorgée d'eau. Puis un deuxième. Et un troisième, quatrième, cinquième, sixième... Elle s'étouffa un moment et les larmes vinrent accompagner l'eau pour faire passer les pilule. Sept, huit, neuf, dix, onze...
Tellement de cachets avalés qu'elle n'était même plus capable de les compter, même plus capable d'avaler sa salive. Son cerveau était comme resserré par un étau et un instant elle perdit l'équilibre avant de se rattraper in extremis à son sèche serviette. Comme un vieux réflexe elle attrapa la petite boite qui contenait antérieurement les pilules qu'elle venait d'avaler et tenta piteusement de déchiffrer les écritures qui jonglaient devant ses yeux. L'espace d'un instant elle songea à s'étendre sur le sol et se laisser emporter mais elle préféra savourer encore ses quelques minutes qui lui restait à vivre. Elle sourit béatement comme si elle profitait d'un trop rare rayon de soleil dans le ciel gris de son existence.
Ce bonheur éphémère fut brisé par un coup que l'on frappa contre sa lourde porte et une voix qui résonna dans son appartement lumineux. Une voix qu'elle connaissait trop bien. Cette voix qu'elle reconnaîtrait entre mille et qui lui causait toujours un vertige insoutenable. Et elle se souvient brusquement de sa porte qui n'était pas fermé à clés, sachant pertinemment qu'il n'hésiterait pas à entrer sans sa permission. Or c'etait la dernière personne qu'elle désirait voir pendant les derniers instants de sa vie. Il l'avait tellement fait souffrir, tellement martyrisée qu'elle ne voulait surtout pas de sa pitié comme derniers souvenirs. Il n'était pas venu quand elle le lui avait demandé et elle ne voulait pas savoir pourquoi. Tout était fini maintenant, tout état derrière elle désormais. Il n'allait va pas venir la torturer jusque dans l'au delà. Elle voulait qu'il la laisse, qu'il la laisse mourir en paix. C'était pour lui échapper qu'elle préférait quitter ce monde et elle n'attendait sûrement pas de lui une quelconque aide hypocrite et pleine de pitié. Et sans lâcher sa boite de médicaments elle tenta de se ruer dans le salon, rassemblant ses dernières forces pour lui barrer la route. Surtout l'empêcher de la voir, l'interdire de pénétrer chez elle.
Inquiété par l'absence de réponse, il tourna la lourde poignet et entra dans cet appartement qu'il connaissait si bien. Ces lieux étaient de souvenirs d'une époque heureuse et malheureusement révolue. Elle avait fui face à lui et malgré le chagrin qui le rongeait depuis il n'avait jamais été capable de la rattraper. Son c½ur se serra tandis qu'il pénétra dans son couloir et il était comme renversé par cette frappante impression de blessure mortelle. Il se retrouve à nu dans ces murs qu'il avait maintes fois côtoyé, ces objets qui portaient la marque d'un amour achevé. Et la douleur atteint son paroxysme lorsqu'il aperçut la silhouette cadavérique de celle qu'il aimait. Elle était plus pâle q'une morte et plus pure qu'une sainte. Elle irradiait de beauté malgré ses yeux éteints, comme si elle avait déjà quitter terre.
Elle s'immobilisa bientôt comme frappée par sa présence profanatoire dans sa demeure. L'espace d'un instant elle eut envie de se ruer sur lui et l'assener de coups mortels, mais elle était consciente qu'elle n'en avait plus la force. Ils se regardèrent tous deux prisonnier de leur immobilité.
Elle l'entendit prononcer trois mots. Trois mots qu'elle attendait depuis si longtemps. Trois mots qui aurait pu la sortir de son malheur si ils avaient été prononcés plus tôt. Trois mots qui auraient évités toute sa solitude, tout son désespoir et cette amoncellement de désuétude. Et ils la frappèrent en plein c½ur et la percutèrent comme un cyclone qui s'abat sur un village fragile.
Et elle serra très fort sa petite boite dans la paume de sa main et regretta aussitôt son geste. Elle n'était à vrai dire, plus capable de prononcer la moindre parole ou d'effectuer le moindre geste. C'était le chaos à l'intérieur d'elle, tellement de sentiments mélangés. Il y avait encore moins d'une minute elle se ravissait de sa mort imminente et désormais elle ne faisait que la maudire. Elle avait vraiment le don de tout gâcher, de tout rater. Elle regarda impuissante le visage de l'homme qu'elle aimait en sachant pertinemment que ça serait sa dernière vision. Une vision paradisiaque avant l'enfer qui l'attendait. Elle tenta de se raccrocher à la vie mais les cachets faisaient désormais effet. Elle avait rassemblé le peu de force qui lui restait pour marcher jusqu'à lui et il ne lui restait plus rien pour lui répondre.
Lui crier qu'elle l'aimait aussi et n'aimerait jamais que lui. Lui dire à quel point elle était malheureuse sans lui, comment elle s'était fait du mal en espérant bêtement qu'il vienne la sauver. Hurler que la vie ne valait pas la peine d'être vécu sans lui et qu'elle lui avait paru trop difficile à affronter et aussi qu'elle avait préféré abréger les jours qui lui restait à affronter. Implorer son pardon face à son comportement d'abjecte petite garce et déblatérer sur son incapacité à montrer ses véritables sentiments. Lui dire je t'aime, tout simplement.
Au lieu de ça, elle resta complément silencieuse et ses lèvres n'obéirent plus à son cerveau. Et elle avait beau essayer, elle n'y arrivait pas. Et puis les regrets laissèrent place à la colère et elle se maudit d'en être arriver là. Elle avait eu le temps de penser à tellement de choses en si peu de temps mais on ne peut rattraper celui ci quand il s'enfuit et qu'il vous laisse seule face à la mort.
C'était trop tard de toute façon. Et même si il n'y a qu'une fraction de seconde qui venait de s'écouler, lui avait parfaitement compris son silence. Puis il avait vu la boite dans sa main et il avait soudainement réalisé. Que son silence écrasant n'étais pas voulu mais qu'elle ne pouvait pas faire autrement, qu'elle n'avait plus la force et ce à cause de lui. Il était le meurtrier de celle qu'il aimait. Il était l'artisan du meurtre de la femme sans laquelle il ne pouvait vivre. Et il la regardait impuissant serrer brutalement l'objet dans la paume de sa main puis le relâcher d'un coup sec. Il l'observa chuter lentement sur le sol et rebondir trois fois avant de rouler à terre et disparaître derrière le lit qui abritait jadis leur amour brûlant. Puis son regard se reporta sur la silhouette fébrile qui se tenait au milieu de sa chambre immaculée.
Elle s'affaissa doucement tout en soutenant le regard azulaire de celui qu'elle aimait. Puis ses jambes se dérobèrent sous le poids trop lourd de sa médiocre existence et elle tomba à genoux. Du plus profond de ses entrailles elle lutta pour ne pas fermer les yeux et pour prononcer ces mots qui lui brûlaient la gorge et empoisonnait son sang comme un serpent qui vous mord à la jambe.
Elle essaya de se retenir mais ses bras pleins de piqûres dues à toute cette drogue qu'elle s'injectait ne purent la soutenir. Sa tête vacilla un instant mais elle s'obstinait à ne pas le quitter des yeux.
Voilà elle allait mourir les yeux dans les yeux avec celui qu'elle attendait depuis trop longtemps. Elle allait crever ici, après qu'il lui eut enfin déclarer son amour. C'était donc ça l'ironie tragique. Elle en devenait la plus frappante définition. Et tous leurs souvenirs lui revinrent en mémoire.
Ses après midis passés chez eux à écouter des vieilles chansons démodées, la ville qu'ils parcouraient en long en large et en travers main dans la main, leurs soirées parfaites qui s'accumulaient. Et le bonheur dans leurs regards respectifs, puis tout cet amour qui perlait sur leurs visages et irradiait autour de leurs êtres. Elle ne voyait plus que les bon côtés de leur histoire, oubliant d'un seul coup les attentes d'un coup de fil qui ne venait pas, la peur qu'il soit parti pour ne jamais revenir et puis surtout l'angoisse terrifiante de s'attacher à quelqu'un dont la fidélité n'était jamais garantie.
Finalement elle parvint à prononcer quatre mots « je t'aime aussi ». Elle les sortit du plus profond de son c½ur et ça lui arracha un cri de douleur. Son cri se suspendit dans les airs et elle s'écroula inerte sur le sol.